FERMER LES YEUX
« Le chat ouvrit les yeux. Le soleil y entra. Le chat ferma les yeux. Le soleil y resta. Voilà pourquoi le soir, quand le chat se réveille,
J’aperçois dans le noir, deux morceaux de soleil. » (Maurice Carême)
Le monde a oublié de fixer le soleil ou bien le monde a définitivement choisi de ne plus ouvrir les yeux, non pas pour ne plus éclairer la terre d’une lueur humaine, mais pour ne plus avoir à contempler le désastre. Se contenter ainsi de briller en catimini, rallumer sa flamme, la tenir en éveil, bien au chaud, dans le noir de l’égoïsme profond et salutaire ?
Moi l’esprit grand ouvert, le cœur brisé et l’âme divisée, je ne parviens plus à fermer les yeux et à veiller uniquement sur mon propre éclat intérieur…..
Comment, nous tous occidentaux, pouvons-nous omettre dans le berceau de notre état d’Hommes, la souffrance et les manques, les abus, les injustices, l’iniquité, l’enfermement, la faim, la soif, les barbaries qui jalonnent et talonnent des milliards de nos frères de gènes.
Oui nous savons, oui nous pensons, mais subrepticement, afin de ne pas entacher notre moral, voire notre morale. Nous achetons des ordinateurs, des voitures, des maisons, des vacances, râlons quand il n’a pas fait beau, faisons nos courses de Noël en pestant parce que cela coûte cher, allons au cinéma, aux sports d’hiver, achetons le scooter à nos ados et changeons leur téléphone portable dès qu’il n’est plus à la mode, remplissons nos caddies tous les samedis et possédons plusieurs vêtements dans notre penderie, sans compter livres, dvd, maquillage, loisirs, gadgets…. et malgré tout, nous ne sommes jamais satisfaits. On en veut toujours plus, alors que certains n’ont même pas la barre du p du mot « plus » (sans compter les analphabètes)….
Nous ne pouvons rien changer, c’est ce que j’entends très souvent ! Et bien nous nous trompons ! Ré-enseignons à nos enfants la simplicité, apprenons leur à vivre dans la société de consommation sans en faire une overdose. Nous n’avons pas eu le choix de naître du bon côté, soit, mais n’en abusons pas, par respect et décence pour ceux qui, nés du mauvais côté de la planète, n’ont que la peau et la peur du lendemain collées aux os.
J ‘ai presque honte de mon confort mais je ne devrais pas. Que penser de tous ces gens qui nous dirigent, de leurs magouilles qui nous dépassent, achètent, vendent des armes, négocient l’or noir, assassinent à tout va au nom du sacro-saint ARGENT et de l’économie mondiale. Rien à foutre ! autant prêcher dans le désert ! c’est à notre niveau que tout pourrait changer. Je suis triste de me dire que je suis peut-être une des rares personnes à penser chaque jour aux petites filles, garçons, femmes et hommes qui souffrent durant les 24 heures pendant lesquelles moi je me contente de respirer….
A chaque exemple de détresse et de non respect des droits élémentaires, je réfléchis et cela m’aide à être plus humble malgré mon pouvoir de consommateur et c’est cela qu’il ne faut absolument pas effacer de notre mémoire. Je ne demande pas un engagement à « médecins sans frontières » ou des fonds chaque mois à une association, ni une révolution stérile, mais simplement de réfléchir notre vie, la rendre plus riche, plus dense, plus honnête, plus acceptable par rapport au reste du monde. N’en abusons pas et n’en faisons pas un anathème jeté aux yeux de ceux qui crèvent.
Il y a ceux qui ont tout, ceux qui n’ont rien et au milieu il y a nous ! soyons plus forts que les plus riches qui s’empiffrent et se gavent et profitent à foison de leur richesses, n’oublions pas que nous ne sommes que de chair et de sang et que notre cœur bat toujours au rythme de la terre et du soleil.
Tâchons d’enseigner tout cela à nos enfants, future génération d’un monde meilleur ?
« Le propre de l’homme libre est d’être sans cesse absorbé par une nouvelle occupation, d’être par nature un individu distrait, éparpillé, insatisfait. Ceux qui souffrent sont totalement engloutis dans la tragédie qu’ils vivent, sans aucune diversion, seul dans la totalité de l’instant présent. » (JP.KAUFFMANN)
Avançons en l’honneur de ceux qui sont immobiles sous le poids de la Misère.